De toute évidence, rien ne prédisposait à la peinture ce fils de famille limousine, élevé dans l'esprit d'entreprise, le culte du travail bien fait. Si ce n'est qu'à Limoges on est aussi depuis le plus jeune âge dressé à aimer la belle porcelaine, celle qu'on reconnaît rien qu'au coup d'œil sans en vérifier la signature, pour sa finesse, sa transparence, sa lumière, son tintement, la délicatesse de son décor, l'éclat de ses ors…
Rien ne le prédisposait non plus à l'Afrique, et passionnément au Maroc, lui qui a étudié dans les plus fins détails Ayuthaya et les siècles d'or du Siam, a appris le Thaï à Langues O rue de Lille à Paris et a séjourné en Thaïlande, mais aussi aux Philippines, en Birmanie ou à Singapour…
Son penchant et sa culture le portaient plus à l'époque vers le commerce de l'antiquité orientale dont il faisait découvrir dans son échoppe à Saint-Ouen le charme des objets, la majesté des sculptures ou la sérénité du regard des bouddhas.
C'est peut-être cet œil, ce regard et cette même sérénité que l'on retrouve aujourd'hui dans les peintures animalières de Jean-Luc Chilloux.
Le tigre du Bengale allongé vous lance un regard alangui, les panthères juchées sur leurs branches semblent repues et vous jettent un œil en coin, les rhinocéros chargeant vous fixent les yeux dans les yeux et les éléphantes en troupeau ou les grands mâles solitaires ont ce regard qui vous scrute avec l'air de vous ignorer.
C'est parce que les tableaux de Chilloux allient la finesse du détail à la puissance de l'animal sauvage : chaque scène est un instantané de vie qui impressionne par la présence de son sujet que l'on appréhende dans sa majesté et la vibration émouvante qui émane d'un œil bordé de cils noirs, d'un rai de soleil sur une patte tachetée, d'un souffle de poussière de sable dégagé par le pas lourd du pachyderme…
L'impression est saisissante, parfois oppressante : c'est certainement le fait du traitement en grand format des peintures les plus récentes de Jean Luc Chilloux dont les sujets sont parfois saisis presque en bord à bord, avec ces fonds éthérés qui s'estompent pour laisser mieux les animaux se détacher et sembler tellement vivants dans la finesse du trait de pinceau qu'on ne se demande même pas comment le peintre a fait, mais bien plutôt comment ces bêtes sauvages ont pu rentrer dans le tableau…
Car il s'agit bien là de magie qui fait que nous voyons ces animaux, et que ces animaux nous regardent. Qu'il peigne un lion, un gorille, une girafe ou un éléphant, jusqu'au dernier moment, l'emplacement des yeux reste vierge. Chilloux vous dira que c'est cet ultime coup de pinceau qui allume le regard et donne vie au tableau.
C'est ce qui fait aussi qu'on ne peut s'en détacher et que fasciné, comme envoûté, on finit par s'y attacher. Grâce à Jean Luc Chilloux les animaux ont une âme et on la voit. C'est bien là tout son art, et l'on comprend mieux cet engouement général pour sa peinture qui commence à faire partie des plus belles collections internationales.
Que l'on ne s'y trompe pas, la peinture animalière compte bien une nouvelle signature, Jean Luc Chilloux est en marche, comme ses troupeaux d'éléphants, chaque nouveau tableau est un nouveau défi, chaque nouveau sujet est un nouveau pari. Gageons que ce talent continuera longtemps à nous surprendre.